Note concernant l’affaire de la paroisse de Biarritz

Les événements survenus autour de la paroisse de Biarritz ont fait l’objet d’interprétation et de commentaires divers. Comme toute affaire de cette nature, cette histoire peut paraître complexe et son déroulement difficile à comprendre. Pourtant, l’affaire de Biarritz est dans son essence assez simple.

Le résumé qui suit permet de comprendre sa genèse. [1]

En 2003, à la demande des membres du Conseil Paroissial, Mgr Gabriel nomme recteur de la paroisse le Père Georges Monjoch qui, depuis 2001, faisait fonction de recteur.

Un an plus tard, le 11 décembre 2004, ce même conseil paroissial signe à l’unanimité de ses membres une lettre demandant à Mgr Gabriel de mettre fin à ses fonctions de recteur. Ils dénoncent l’attitude du Père Georges qui « jette le trouble dans la paroisse et [les] déstabilise moralement et surtout spirituellement ». Que s’est-il donc passé au cours de l’année 2004 pour expliquer un tel revirement de la part des membres du Conseil Paroissial ?

Après l’Assemblée Pastorale du 1er novembre 2004, le Père Georges Monjoch a commencé à répandre une série de rumeurs auprès de ses paroissiens et des prêtres des paroisses du doyenné d’Espagne, comme quoi Mgr l’Archevêque Gabriel avait annoncé, lors de l’Assemblée, qu’il fallait rompre avec la tradition liturgique russe, qu’il fallait supprimer l’iconostase dans les églises... Ses propos ont semé le trouble et la consternation, d’autant plus qu’ils ne correspondaient pas à la réalité des déclarations de Mgr l’Archevêque. Alerté de cette situation par des paroissiens inquiets, Mgr Gabriel a appelé par téléphone le père Monjoch, le 29 novembre. Celui-ci n’a pas nié les faits, il a même demandé à Mgr Gabriel de prendre des sanctions contre lui. Il a évoqué également une grave maladie dont il aurait été atteint, dont il avait aussi parlé à plusieurs de ses paroissiens, et a demandé à être relevé de ses fonctions. Puis, il s’est rétracté immédiatement par écrit auprès de Mgr Gabriel, en affirmant n’avoir jamais rien évoqué de tel, et en fournissant un certificat médical et une lettre d’avocat.

D’autre part, à la suite du passage d’une commission de sécurité venue constater la chute d’un morceau de plâtre de l’église, le Père Georges Monjoch prend l’initiative de mettre l’église sous scellés et de convoquer une Assemblée Générale extraordinaire de sa paroisse le 26 décembre 2004, contre l’avis de son Conseil et de son secrétaire qui eux sont d’avis de tenir cette assemblée dans le courant du mois de janvier comme d’habitude. En plus d’une modification mineure des statuts de la paroisse pour les mettre en conformité avec les statuts-types de l’Archevêché, il introduit aussi la question de la sécurité des bâtiments dans l’ordre du jour de l’Assemblée. Averti de ce projet Mgr Gabriel adresse au P. G. Monjoch une demande d’explication, lui donnant l’ordre de reporter l’Assemblée générale extraordinaire en dehors de la période de vacances de Noël, au mois de janvier, et l’informant qu’il viendrait en personne ou enverrait un représentant de l’Administration Diocésaine à cette Assemblée.

Constatant le refus de père Georges de reporter l’assemblée générale et répondant à une demande des membres du Conseil paroissial à l’unanimité, Mgr Gabriel relève le 16 décembre 2004 le Père Georges Monjoch de sa charge de recteur. Le Père Georges Monjoch est également mis en interdit a divinis à titre provisoire en raison de ses actes de désobéissance envers l’autorité diocésaine et pour avoir semé le trouble dans la paroisse. Le 19 décembre 2004, Mgr Gabriel envoie le Père Eugène Czapiuk à Biarritz pour y célébrer la liturgie dans un local situé au sous-sol, l’église étant fermée pour des raisons de sécurité.

Dans un fax envoyé par P.Georges Monjoch à Mgr Gabriel, le 24 décembre 2004, Georges Monjoch écrit (voir la photocopie de la lettre en cliquant ici : « Malgré les mesures que Vous avez prises à mon égard qui me paraissent injustes et qui me laissent dans un profond désarroi mais me considérant responsable à l’égard de mes paroissiens, il m’a apparaît [sic] de mon devoir de vous informer que les services de sécurité ont mandaté un huissier qui a occulté les accès des lieux qu’ils considèrent à risque pour tout public.

Compte tenu de la disposition des passages cet officier ministériel a condamné ainsi et également l’accès au local où étaient célébrées provisoirement les divines liturgies (dont celle par le Père Eugène) »

En clair, P. Georges suggère qu’il est inutile que l’Archimandrite Job, mandaté par Mgr Gabriel pour célébrer le 26 décembre dans les sous-sols, se déplace, car il n’aura pas d’endroit pour célébrer. Effectivement le dimanche 26 décembre au matin, il n’a pas été possible d’entrer dans l’église et la liturgie a été célébrée dans un local de l’Hôtel du Palais. Le témoignage du Père Job est ici.

Or c’est dans ces mêmes sous-sols « à risque pour tout public » que s’est tenue le dimanche 26 décembre après midi, la prétendue « Assemblée Générale » présidée par le Père Georges Monjoch et composée de 61 personnes.

La lettre se poursuit ainsi : « Dans ces conditions je ne possède plus d’autres locaux utilisables pour une célébration. Avec Votre bénédiction je vais contacter les services compétents pour trouver une solution ne serait ce que pour votre venue des 8 et 9 janvier 2005. Je me recommande à Vos Saintes Prières. Signé : archiprêtre Georges Monjoch »

C’est ce même Georges Monjoch affirmant préparer la venue de Mgr Gabriel pour les 8 et 9 janvier 2005 qui préside le 26 décembre 2004, soit deux jours après l’envoi de ce fax, l’« Assemblée Générale » décidant, sans respecter les statuts, la mise à l’écart du Conseil paroissial régulièrement élu et le passage dans la juridiction du Patriarcat de Moscou. Les lecteurs intéressés découvriront en annexe les autres éléments rendant illégitime l’AG du 26 décembre, en particulier le nombre important de participants non inscrits dans les registres de la paroisse.

Il n’est à notre sens, guère besoin d’épiloguer trop longtemps sur la sincérité des uns ou des autres. Les faits sont là. La « déstabilisation spirituelle » induite par le comportement du P.Georges, dont se sont plaints les membres du Conseil paroissial, trouve sa racine dans le double langage qu’il a pratiqué.

Il faut ajouter que le décret acceptant la paroisse de Biarritz au sein du Patriarcat de Moscou est daté du 27 décembre 2004. La lettre informant la sous-préfecture de Bayonne du changement de bureau est, elle aussi, datée du 27 décembre. La lettre d’acceptation dans le diocèse de Chersonèse date du 30 décembre et la première liturgie de Mgr Innocent à Biarritz a été célébrée le 2 janvier 2005. Au regard de cette chronologie, il apparaît évident que ce changement de juridiction était concerté et préparé de longue date.

La suite de l’affaire tient en quelques lignes. Pour s’en tenir à l’essentiel, le tribunal de GI de Bayonne saisi par le Père Alexis Struve, nouveau recteur, et les membres du Conseil Paroissial (à l’exception de madame Egé-Lafosse qui se désolidarisera plus tard dans des circonstances peu claires) dans son jugement du 12 décembre 2005 a prononcé la nullité des assemblées générales tenues par P.Georges Monjoch le 26 décembre 2004, le 23 janvier 2005 et le 20 mars 2005, et de toutes les décisions qui y ont été prises [2]. Le Tribunal a également condamné le Père Georges Monjoch à 2000 € de dédommagement de frais ainsi qu’à restituer tous les documents administratifs, comptables et bancaires de l’Association sous une astreinte de 150 € par jour de retard. Le jugement du Tribunal précise que l’Association cultuelle orthodoxe russe de Biarritz a été "remise dans l’état où elle se trouvait avant ces assemblées".

Dans un courrier adressé à Mgr Innocent en date du 20 décembre 2005, Mgr Gabriel a proposé de régler à l’amiable les suites de ce jugement et de créer une commission chargée de mettre au point les détails de la transition. Mgr Innocent a d’abord accepté le principe (voir lettre) d’une telle commission avant de la refuser. Pour faire annuler le caractère exécutoire de la décision, les responsables du diocèse de Chersonèse ont finalement préféré avoir recours à une procédure judiciaire.

Toute la différence est là : d’un côté, l’Archevêché n’avait pas d’autre moyen que de s’adresser à la justice civile pour faire prévaloir son bon droit. Dès que cela a été possible, Mgr Gabriel a proposé au diocèse de Chersonèse de régler à l’amiable les suites de l’affaire. De son côté, Mgr Innocent a préféré continuer recourir à la justice. Dans ces conditions, il est particulièrement mal venu aux partisans du Patriarcat de Moscou de reprocher à l’Archevêché de porter des différends entre diocèses devant les tribunaux, comme cela a été écrit à plusieurs reprises récemment.

En appel, sur le caractère immédiatement exécutoire de la décision, le tribunal de Pau a donné une fois encore raison à la paroisse légitime, présidée par le Père Alexis Struve. Georges Monjoch a de lui-même remis les clés et quitté l’appartement qu’il occupait sous l’église, début mars . [3] Dans les documents qu’il a laissés derrière lui, on a trouvé un compte montrant que les participants à l’AG du 29 mai 2005 s’étaient vu financer leur voyage en provenance de différentes villes (Pampelune, Vittoria, Pau, Bordeaux, pour 43 personnes) et remboursé leur manque à gagner pour ceux qui n’avaient pu travailler ce jour-là (10 personnes)...

A ce jour, l’appel sur le fond interjeté par le diocèse de Chersonèse court toujours. Une assignation en cassation de la décision d’appel a été initiée par Madame Egé-Lafosse.

Version Russe (JPEG)

[1] Les personnes intéressées par le dossier complet de l’affaire peuvent en faire la demande à l’Administration diocésaine par voie postale ou courrier électronique.

[2] Le texte du jugement se trouve ici.

[3] Contrairement à ce qui a été écrit sur certains forums sur l’internet, le téléphone de l’église n’a pas été coupé et la coupure d’eau était liée à une rupture de canalisation dans la cour de l’église, nécessitant l’intervention d’un artisan. Cette coupure a duré 24h et Georges Monjoch avait accès au robinet permettant de rétablir l’eau.

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